
Pilier de la famille et de la société
On parle peu d’elle dans les discours officiels. On la voit rarement au premier plan dans les médias. Et pourtant, au Sénégal comme dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, c’est souvent sur elle que repose tout le reste : la famille, l’économie du foyer, parfois même l’équilibre de tout un quartier.
Dans la maison, elle est celle par qui tout passe. C’est elle qui apprend aux enfants à parler, à se tenir, à prier, à respecter les anciens. C’est elle aussi qui tient les comptes du mois, qui sait quand il faut emprunter un peu à une voisine pour finir la semaine, qui veille sur la santé des petits sans toujours en parler. Dans les grandes familles, où plusieurs générations vivent sous le même toit ou presque, elle est celle qui fait tenir ensemble la belle-famille, les enfants, les anciens, le poids des traditions et les exigences du quotidien moderne. Ce n’est pas un rôle qu’on lui a demandé de jouer. C’est un rôle qu’elle a construit, souvent seule, parfois sans qu’on le lui reconnaisse.
Cette réalité dépasse largement le Sénégal. Dans beaucoup de sociétés africaines, quand un mari part travailler loin, quand un mariage se rompt, quand un veuvage arrive, c’est la femme qui tient. Sans bruit, sans félicitations, mais elle tient.
Sur le plan de la société, les choses bougent. Les filles sont de plus en plus scolarisées, même si le chemin reste plus difficile dans les zones rurales et à mesure que l’on avance dans les études. Les femmes entrepreneurs sont partout : sur les marchés, sur WhatsApp, sur TikTok, elles vendent, elles créent, elles font tourner une économie que personne ne compte vraiment. Il y a aussi plus de femmes en politique qu’avant, grâce à la loi sur la parité, même si le vrai pouvoir reste encore largement entre les mains des hommes.
Mais tout n’est pas réglé. Le poids du regard des autres, la charge invisible de tout organiser sans que ça se voie, la difficulté à choisir entre ses propres ambitions et ce que la famille attend d’elle : ça continue, même chez les femmes qui réussissent.
Et c’est là qu’on touche à quelque chose de plus large que le Sénégal : la force de la femme africaine. Cette capacité à être mère,travailleuse, pilier de famille, parfois tout ça en même temps, sans qu’on lui dise jamais vraiment merci. Cette solidarité entre femmes qu’on retrouve partout, dans les tontines, les groupes d’entraide, les réseaux de quartier, qui font ce que les institutions ne font pas. Cette force qui se transmet de mère en fille, presque sans mots, juste en regardant faire. Et cette créativité qu’on retrouve dans l’artisanat, dans le commerce, dans la mode, et maintenant dans le digital, où de plus en plus de femmes africaines se réinventent.
La femme sénégalaise, comme la femme africaine en général, n’est pas juste une figure de la maison. Elle porte une part immense de la société sans qu’on lui donne toujours la place qu’elle mérite. Il est temps qu’on arrête de le sous-entendre et qu’on le dise clairement.
Merci.
Katy Ndiaye
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